3: Autour de moi
MES PARENTS
Je vais frotter ces théories un peu sèches à des exemples concrets tirés de mon proche entourage pour voir si elles résistent à l’épreuve. Je commence par mes parents… Et tout de suite je vois qu’il y a un problème ! Ma mère ne pouvait pas avoir d’enfant (Ils m’ont adopté). Donc, selon les lois de la biologie, mon père aurait du la quitter pour tenter sa chance avec une autre femme, or il est resté avec elle. Il aurait du au moins lui en vouloir. Ce n’était semble-t-il pas le cas. Ils étaient tellement attachés l’un à l’autre que mon père est mort le lendemain de l’enterrement de ma mère. Peut-être n’avait-il pas de succès auprès des femmes ? Je crois qu’il aurait pu en avoir. Ce n’était pas un athlète mais il avait un physique agréable et surtout, sa botte secrète était son cerveau : Licencié en droit et en lettre, lisant toutes les langues indo-européennes (Je n’ai pas vérifié) c’était le savant de la famille. Bien des femmes ont dû être séduites et pourtant…Il semble avoir renoncé à sa descendance pour les beaux yeux de ma mère. C’est inexplicable, d’autant qu’étant fils unique, ayant perdu trois frères, comme je l’ai raconté plus haut, il aurait dû, plus qu’un autre, avoir envie d’une descendance… L’homme serait-il donc vraiment différent de la bête ? Les sentiments, la morale, passeraient avant l’instinct ? A moins que je ne sache pas tout ? Peut-être ce couple avait-il un secret ? Peut-être était-ce lui, mon père adoptif, qui était stérile ? Ce qui expliquerait sa fidélité à ma mère, due à sa culpabilité de ne pas pouvoir lui faire un enfant. Mais alors dans ce cas c’est elle qui aurait du le quitter pour un autre (elle aurait pu, elle était vraiment belle) ou du moins, lui en vouloir terriblement. Elle semblait pourtant très attachée à lui. Bien sûr elle était très religieuse, elle ne se serait pas permise de quitter son mari sous prétexte qu’il était stérile, mais sa rancune aurait pu se manifester malgré elle. Pourtant je n’ai rien vu de la sorte. Une amie de la famille m’a dit qu’autrefois on mettait rarement l’homme en cause dans les affaires de stérilité et que bien des femmes préféraient la prendre à leur compte pour ne pas blesser leur conjoint. Ont-ils jamais su lequel des deux était responsable ? Ont-ils préféré ne pas savoir ? Quoiqu’il en soit mes théories s’effondrent à la première épreuve, car voilà au moins une personne, mon père ou ma mère, qui a renoncé à sa descendance pour ne pas abandonner son compagnon. La plus traumatisée des deux a été ma mère. Cette stérilité a été insupportable pour elle au point qu’à la fin de sa vie elle perdait un peu la raison, elle arrêtait les gens dans la rue pour caresser les bébés, il fallait la tirer pour qu’elle avance…Mon Père lui semblait ne pas trop souffrir de ce manque d’enfant, au point que je me demande si mon arrivée dans leur couple ne l’a pas plus dérangé que satisfait ?
L’ADOPTION
Il faut que les couples qui ne peuvent pas avoir d’enfant le sachent : L’adoption ne guérit pas la stérilité. Cet enfant que vous allez adopter ne sera pas votre enfant ; mais un petit étranger abandonné à qui vous allez donner un formidable coup de main. Généralement il vous en fera voir de toutes les couleurs, doutant toujours de votre amour, cherchant à le tester, il pourra aller très loin dans la provocation. Vous, de votre côté, vous interrogerez malgré vous sur ses origines, son hérédité…On imagine tous les conflits qui peuvent naître de ce climat de suspicion… De plus l’enfant pensera évidemment à ses parents biologiques… Pour ma part, à 60 ans passés, je garde encore un petit espoir de retrouver ma ‘’vraie’’ mère ! Malgré tous ces moments difficiles, pour moi, mais surtout pour eux, je leur dis cent mille mercis de m’avoir adopté. Avec moi ils ont presque eu un enfant, j’ai presque eu des parents et je leur dois énormément.
MON ONCLE ET MA TANTE
Voyons si la vie de mon oncle et de ma tante a été plus conforme aux lois de la biologie? Ma tante ressemblait à Orane DEMAZIS, cette actrice des films de PAGNOL, la fiancée de MARIUS. Elle n’était donc pas très grande ni très belle mais elle avait du charme. A 29 ou 30 ans, c’est à dire assez tard pour l’époque, elle a épousé un lieutenant vétérinaire de 3 ans son cadet, assez beau, mais qui avait la particularité d’être vraiment petit. Il était fou d’elle. Il l’a conquise à l’usure. On racontait dans ma famille que ma tante était quelqu’un de très indécis, que le moindre achat durait des heures et que le matin de ses noces elle ne savait toujours pas si elle allait dire oui. En fait, elle ne voulait carrément plus se marier. Elle s’était réfugiée dans la cave de la maison familiale et refusait d’en sortir. C’est mon père, son beau frère, qui a réussi à la raisonner. Ils racontaient ça en riant… Sacrée Angèle ! En réalité cette sacrée Angèle vivait un drame : Elle ne voulait pas d’un homme petit. Il est trop petit disait elle, et son entourage haussait les épaules. Mieux vaut un homme petit que pas d’homme du tout ! Et puis tu n’es plus si jeunes, et regarde comme il est intelligent ! Un vétérinaire ce n’est pas rien. Sais tu que c’est plus dur que d’être médecin ? Ma tante a cédé à contre cœur. Et ce qu’elle redoutait est arrivé : Son premier enfant, un fils, était aussi petit que son père. Elle a du regretter parfois d’être sortie de la cave… Angèle n’était pas assez belle pour séduire l’homme de ses rêves. Elle l’aurait voulu grand, beau et intelligent, il était intelligent, assez beau, mais petit, très petit et elle ne lui a jamais pardonné cette tare. Mon pauvre petit oncle, malgré tous ses efforts, ne sera jamais aimé de sa femme comme il le méritait. Ses qualités intellectuelles n’ont jamais pu compenser les 10 centimètres qui lui manquaient.
LES ENFANTS D’ANGELE
Angèle, ma tante, ne voulait pas d’un mari petit pour ne pas avoir d’enfants petits. Ses craintes étaient justifiées, le fils qu’elle a eu de son petit mari était aussi petit que son père. Heureusement les 2 filles qu’elle eut ensuite étaient d’une taille moyenne. Quand il a été en âge de se marier, Louis, le fils petit a décidé qu’il casserait la chaîne de la petitesse en épousant une grande femme. Il avait tellement souffert de sa taille ! disait ma mère. Adolescent, il faisait des exercices pour s’étirer le corps, sans succès… Il en pleurait de dépit ! Il lui a donc fallu, comme son père, racheter sa petite taille par d’autres qualités. Il était brillant, entreprenant, courageux, ce qui lui a permis de séduire une grande fille qui lui a donné 2 enfants de taille moyenne, lesquels ont fait aussi des enfants qui sont encore jeunes mais déjà assez grands. Il semblerait que mon cousin ait gagné son pari…
D’après moi le critère de la taille aura été déterminant dans l’histoire de la famille de ma tante. Mais apparemment cela n’a pas été vu comme ça par les intéressés. ‘’ Maman était indécise, c’était une enfant gâtée…’’ ‘’ Ils déménageaient très souvent parce que papa était militaire, c’est pour ça que maman était malheureuse..’’ ‘’ Maman en voulait à Papa parce qu’il était difficile à vivre… Il ne rangeait jamais rien… Il râlait tout le temps…’’ Voilà ce que j’entendais. Il n’était pas question de taille. Ca ne semblait pas avoir été un problème. Pourtant les deux filles, qui sans être petites n’étaient quand même pas bien grandes, épousèrent prudemment des hommes grands. Des 4 enfants qu’elles ont fait un seul est un peu trop petit. Apparemment, grâce à la sélection, la famille de ma tante a vaincu la petitesse. Décidément, nous ne sommes guères différents des animaux d’élevage !
Le petit veut une grande, on le comprend bien, mais pourquoi une grande veut-elle d’un petit ? N’a-t-elle pas peur que ses enfants ressemblent à leur père ?On dirait que non. Apparemment chacun est sûr de transmettre ses qualités à ses descendants. On recherche seulement chez l’autre les qualités qui nous manquent afin de concevoir un enfant parfait. La femme de mon cousin Louis était grande mais peut-être était-elle craintive ou timide ? Mon cousin, lui, n’avait peur de rien…A eux deux ils auraient des enfants sensationnels, grands et intrépides… Ils étaient faits pour s’associer !
LES HOMMES LAIDS ET LES JOLIES FILLES
On est quelque fois choqués de voir de belles jeunes femmes aux bras d’hommes laids, vieux et riches. On dit que ces femmes sont avec ces hommes par intérêt, pas par amour… Bien sûr qu’elles sont là par intérêt. L’argent (et le talent et le courage qui vont souvent avec), intéressent ces belles femmes . Mais ces hommes aussi sont avec ces femmes par intérêt. Leur beauté les intéressent. Il faut comprendre que toute relation, qu’elle soit amicale ou amoureuse, est construite sur l’intérêt. Choisir quelqu’un parce qu’il est grand, beau ou spirituel est aussi intéressé que de le choisir parce qu’il est riche. Ca veut simplement dire que l’intérêt n’est pas le même pour tout le monde. Une belle jeune femme, nous l’avons vu, ne s’intéressera guère à la beauté d’un homme parce que cette beauté, elle l’a déjà et qu’elle pense la transmettre à son enfant. Par contre elle n’a peut-être pas beaucoup d’argent pour élever son petit ? Avec cet homme riche le problème sera résolu. Pour peu qu’en plus il soit intelligent et le voilà très attractif ! De son côté l’homme riche ne s’intéresse qu’à la beauté qu’il n’a pas. Avec cette femme ses descendants seront peut-être beaux … Ils sont faits pour s’entendre. Marché conclu !