Bonne Année Monsieur Faurisson

Publié le par konk

Je passe par mon blog pour vous présenter mes voeux parce que je pense qu'on vous téléphone beaucoup en ce moment, j'espère que quelqu'un vous les transmettra. Bonne année Monsieur Faurisson, bonne santé et enfin peut-être un peu de reconnaissance.

Juste un petit bémol, je me demande si les gens qui vous ont acclamé au Zénith sont réellement révisionnistes ou s'ils sont simplement antisionnistes ou antisémites?

Furax c'est pas la peine de discuter avec antéchrist, ni avec d'autres, on use son clavier pour rien, ils croient aux chambres à gaz un point c'est tout, ça s'appelle la foi du charbonnier. Plus vous argumentez plus vous êtes diabolique, car ils croient au diable, comme au moyen âge. J'ai connu des gens de ma famille qui se sont mis à me regarder avec des yeux effrayés, je leur faisais peur, ça fait drôle de faire peur à ses proches !
Ils sont tout puissants et pourtant ils ont peur, ils sont donc dangereux. Laissons les, c'est plus prudent. 

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Faurisson demoli 30/01/2009 21:13


Entretien avec Jean-Claude Pressac
Après avoir effectué un premier entretien avec M. Pressac, ce dernier a estimé qu'il
était nécessaire de le remanier entièrement. L'entretien qui suit n'est donc pas une
retranscription fidèle de l'enregistrement. Ce texte a été rédigé puis saisi sur
ordinateur par Jean-Claude Pressac; nous le reproduisons tel qu'il nous a été remis,
sans corrections. Certaines questions n'ont pas été posées par l'auteur. Il va de soi
que les propos de Jean-Claude Pressac n'engagent ni Valérie Igounet, ni les éditions
du Seuil.
Pourriez-vous évoquer votre itinéraire jusqu'aux années quatre-vingts? Comment
devient-on révisionniste?
Peu après le procès d'Eichmann à Jérusalem, j'ai lu La mort est mon métier,
autobiographie romancée par Robert Merle du premier commandant du camp
d'Auschwitz, Rudolf Höss. Très jeune, vers dix-huit ans. Comme j'envisageais alors
de préparer l'École Militaire de Saint-Cyr, le livre de Merle m'a fait prendre
conscience de la nature et de la limite des ordres, qu'en tant qu'officier, j'aurais à
recevoir et à donner. Pourrais-je, comme lui, obéir aveuglément et faire anéantir des
centaines de milliers de personnes sans frémir? Plus prosaïquement, pourrais-je
ordonner à une centaine ou plus de jeunes hommes d'aller se faire tuer et, dans la
plupart des cas, pour rien? La réponse fut non. J'abandonnai l'idée d'une carrière dans
l'armée et devins pharmacien.
Vers trente ans, j'ai entrepris de réaliser un ouvrage de politique-fiction - une
chronique politico-militaire d'un autre futur - dans lequel j'étudiais la possibilité d'une
victoire complète du Troisième Reich en Europe, se terminant pourtant par une
défaite dans les années cinquante, entraînée par la puissance nucléaire américaine.
Contrairement à maints auteurs qui définissent une fois pour toute le cadre de leur
livre, chacun de mes chapitres devait se tenir dans un lieu différent et traiter d'un
[614] thème particulier. Furent écrits plusieurs chapitres: sur l'action de la Milice
française, sur la dernière opération de ce corps le 6 juin 1944, sur la semaine de la
«Grande Pagaille» à Paris en juillet 1944 avec l'intervention de la division SS anglaise
«Black Prince», sur la formation des officiers SS européens à Bad Tölz fin 1944 et sur
les deniers combats en Écosse de l'été 1945, achevant en août la campagne
d'Angleterre et provoquant la déclaration de guerre des États-unis en septembre 1945.
Le premier et le dernier des chapitres écrits étaient axés sur les questions atomiques.
Les suivants devaient porter sur les armes secrètes à Peenemünde et en Prusse
orientale, les traces de la «solution finale» à Auschwitz, la guerre de partisans en
Yougoslavie, la colonisation allemande de l'Ukraine, etc.
Mon écriture dépendait de mes ressources financières et de mes voyages de repérage
pendant les vacances. Je devais connaître les endroits - région, cité ou bâtiment - que
j'évoquais. Ainsi, la visite de Zagreb, anciennement Agram, la capitale de l'État
croate, trois fois projetée, fut à chaque fois reportée, et ne put s'effectuer. C'est au
cours du travail préparatoire sur le chapitre d'Auschwitz que ma recherche a mal
tourné et ce, fin octobre 1979.
Pourquoi dites-vous que votre recherche a mal tourné?
Si elle avait bien tournée, c'est-à-dire si j'avais réussi à obtenir une documentation
claire et précise sur le K. L. Auschwitz, mon récit de ce futur «autre» serait achevé
depuis belle lurette, aurait été publié ou non, et je ne serais pas en train de répondre à
vos questions.
En août 1966, bien avant que je me mette à écrire, j'avais visité le musée d'Auschwitz
et fus probablement un des rares Français de ma génération à m'y rendre. Ayant
acheté sur place quelques livres, lorsque j'ai voulu m'en servir en 1979, le résultat fut
désastreux. Soit les explications des historiens polonais étaient lamentables, soit je ne
compris rien. Mes souvenirs ne m'aidèrent pas plus. Je situais mal les crématoires, en
saisissais encore moins l'arrangement intérieur que Robert Merle avait pourtant décrit
dans son roman (une immense salle de gazage pour 3.000 personnes desservant celle
des fours par quatre ascenseurs). Par chance, la télévision allait diffuser le feuilleton
américain Holocauste, diffusion que j'attendis avec une impatience fébrile. Ce que je
n'avais pas prévu, est que la scène, censée avoir été tournée devant les fours ronflants
d'Auschwitz, l'avait été à côté d'un four de Mauthausen. J'avais négligé que la vérité
historique est absente des productions américaines destinées avant tout à produire de
l'argent. Mais, sur le moment, ignorant ce «détail» gênant, je nageais en pleine
confusion, n'arrivant plus à faire correspondre [615] cette scène et mes souvenirs. A
Birkenau en 1966, j'avais vu des ruines, mais aucun panneau n'indiquait leur fonction
ni n'expliquait ce qui s'y était passé. Sur place, j'avais rencontré un gardien polonais,
ancien membre d'une brigade internationale en Espagne, qui me raconta que dans le
crématoire VI - alors qu'il n'en existait que cinq - les gens étaient électrocutés et
incinérés automatiquement, à la chaîne. Il répétait les allégations d'un article de la
Pravda paru en mai 1945.
Complètement bloqué, j'ai décidé de retourner à Auschwitz éclaircir ces
contradictions. Ayant lu que, pendant la guerre, la résistance polonaise régnait en
maîtresse dans le camp, que ses membres y entraient et en sortaient comme ils le
voulaient à la barbe des SS, que des photos de l'extermination y avaient été prises, j'ai
écrit au musée d'Auschwitz pour demander l'autorisation de voir ces photos.
Accordée. Lorsque j'ai pénétré dans la pièce de consultation des Archives, trois photos
m'attendaient sur une table. J'ai été stupéfait, croyant qu'il en avait des dizaines. J'ai
demandé au conservateur des archives, Tadeusz Iwaszko, s'il n'en existait pas d'autres.
Il m'a rassuré et apporté plusieurs albums de photos. Y étaient rassemblés des clichés
provenant essentiellement de trois sources: du film soviétique Chroniques de la
libération du camp, 1945, de ce qu'on a appelé par la suite L'Album d'Auschwitz
(photos diffusées initialement par le musée juif de Prague) et de «L'Album de la
direction des constructions SS» (retrouvé et acheté ultérieurement par le Yad
Vashem). Pour la dernière source, les détenus travaillant au laboratoire photo du camp
avaient réalisé clandestinement de petits clichés par contact direct entre le négatif et le
papier réactif et les avaient placés dans deux bouteilles qui furent enterrées. Une
seule, avec une cinquantaine de photos, resta intacte et fut récupérée à la libération.
J'avais commencé à douter de l'existence même des crématoires avant mon
déplacement en Pologne. Or, sur plusieurs photos présentées, je les voyais
parfaitement et même en cours de construction. M'ont particulièrement intéressé les
plans d'implantation SS de ces bâtisses que les Soviétiques avaient filmés. A l'époque,
mon allemand était laborieux. Par contre, j'ai un coup d'oeil d'architecte inné et un plan
me renseigne plus sur un bâtiment ou une installation qu'un dossier descriptif. J'avais
alors presque atteint mon but: fixer le cadre d'évolution du principal personnage de
mon livre dans le complexe concentrationnaire d'Auschwitz-Birkenau. Il ne me
manquait encore qu'une chose et ma recherche était terminée: le ou les plans des
crématoires. Ce que j'ai demandé - comme on lance une bouteille à la mer - au
conservateur. Ils existaient et Iwaszko m'a apporté les originaux dessinés par la
Direction des constructions SS du camp (la «Bauleitung»). [616] Ce que j'allais
découvrir dans ces «bleus» - dont certains étaient magnifiquement colorés -
bouleversera de fond en comble ma dite «calme petite vie de pharmacien de
banlieue».
Dans sa présentation des plans, Iwaszko commit une énorme faute, involontaire, car il
était dans l'impossibilité de s'en rendre compte sur le moment. Sont conservés au
musée d'Auschwitz dix-sept plans des crématoires - II, III et IV (valables aussi pour le
V) - établis par la Bauleitung SS, sans compter ceux des entreprises civiles de la
HUTA de Kattowitz et de la Konrad SEGNITZ de Beuthen (neuf en tout). Le premier
plan SS des crématoires de Birkenau se rapportant au II fut dessiné le 15 janvier 1942
et le dernier le 19 mars 1943, peu avant son achèvement. Or, il existe une différence
radicale entre ces plans. Sur le premier, le bâtiment n'est pas criminel au moment de
son dessin. Sur le dernier, plusieurs modifications ne peuvent s'expliquer que parce
que le bâtiment est devenu un instrument criminel.
A l'époque les historiens croyaient que, selon les dires de Rudolf Höss, l'ordre
d'extermination des juifs avait été donné par Himmler à la fin de l'été 1941. On sait
maintenant que Höss s'est trompé de date et le reçut, pour son camp, début juin 1942.
Conséquence directe de cet ordre prétendument donné à l'été 1941, un premier gazage
expérimental avait été pratiqué dans les caves d'un bloc du camp principal du 3 au 5
septembre 1941 et la Bauleitung SS d'Auschwitz avait dessiné en janvier 1942 le plan
d'un crématoire avec chambre à gaz, permettant d'accomplir cette mission. Donc,
Iwaszko, croyant bien faire et les sachant «chronologiquement correct», me montra
les plans de la série dite «930» de début 1942, persuadé de leur criminalité. En effet,
le n· 932, plan du sous-sol, comportait deux morgues semi-enterrées, désignées de
«Leichenkeller» ou «L-Keller» 1 et 2. La 1 était ventilée, avec aération et désaération.
La 2 ne l'était pas. Il était très tentant et même logique d'affirmer que la 1 était une
chambre à gaz d'où le toxique gazeux pouvait être extrait, alors que la 2, sans une telle
installation, servait de vestiaire aux victimes. Comme, pour un oeil non averti, tous les
plans se ressemblaient, n'étaient montrés que les premiers du crématoire II, de belle
facture, au contraire du dernier, à peine lisible.
Un aménagement du «932», dessiné le 23 janvier 1942, m'a paru bizarre. L'entrée de
la «L-Keller 1» était équipée d'une porte à double battant. J'ai pensé qu'il serait plus
rationnel pour une chambre a gaz de m'en avoir qu'un seul. Puis, je suis passé à la
disposition du crématoire IV. Sur le plan n' 2036 du II janvier 1943, les victimes
pénétraient dans une grande salle centrale, étaient dirigées vers trois pièces de gauche
où elles étaient gazées, traînées de nouveau au centre de la bâtisse et incinérées au
fur et à mesure dans un four à 8 creusets incinérateurs se trouvant à droite. Ce
circuit était absurde et je l'ai fait remarquer à Iwaszko. Il aurait dû être ordonné
comme suit: vestiaire donnant dans une chambre à gaz, débouchant elle-même sur une
salle des fours.
Iwaszko commit alors une erreur psychologique grossière. Au lieu de m'avouer qu'il
n'y comprenait rien lui-même, que ces plans posaient problème, il préféra m'imposer
ces données inexpliquées en déclarant -. «Sie müssen das glauben [Vous devez croire
cela]». Propos d'une maladresse insigne, tenu à un Français, membre d'un peuple
réputé pour son esprit cartésien et son sens critique. Iwaszko venait de déclencher
mon révisionnisme.
Il aurait pu «répondre» autrement à mes doutes, en me montrant les plans successifs
du crématoire II et, en particulier, le dernier dessiné au moment de sa livraison en
mars 1943. Aurais-je été capable alors de distinguer les différences entre ces plans? Je
pense que oui - vu mon approche exclusivement architecturale - et les aurais signalées
à Iwaszko. Conjoncturer de la suite des évènements à partir de cette hypothèse est
difficile. Surtout qu'Iwaszko, constatant mon attitude réservée à l'égard de ses
explications «crématoires», ajouta: «Ne faites pas comme Laurisson!» J'appris que ce
Laurisson était un «très mauvais» Français qui était venu, lui aussi, aux Archives du
musée et qui, comme moi, ne trouvait pas très clairs les commentaires des historiens
polonais sur les crématoires. Ce fut la première fois que j'entendis parler de Faurisson.
Malheureusement, la deuxième intervint le lendemain, le 1er novembre 1979, le jour
de la Toussaint. Ayant eu des problèmes de démarrage avec ma voiture de location au
moment de mon départ du musée, j'ai demandé de l'aide à des compatriotes se
trouvant sur place, d'anciens détenus revenus en pèlerinage. Ils furent très intéressés
par ma démarche, mais virent aussi ma réserve sur certains points. Et là, de nouveau,
apparut dans la conversation ledit Laurisson, modèle à ne pas suivre. Ces deux
mentions trop rapprochées de cette personne, qui semblait-il, avait eu auparavant des
doutes semblables aux miens, m'intriguèrent au plus haut point et je décidai de me
renseigner sur lui, voire de le rencontrer.
De retour en France, j'ai cherché qui était ce Laurisson. Il s'agissait d'un professeur
d'université, Robert Faurisson - orthographe phonétique rectifiée - habitant Vichy. Je
lui ai téléphoné et ce fut une explosion cérébrale. Je pensais en savoir beaucoup sur
Auschwitz. Il en savait cent fois plus que moi. Il m'affirma que le fonctionnement des
chambres à gaz homicides, tel qu'il était présenté dans sa simplicité extrême, aurait
conduit à tuer tout le monde, juifs et SS. Pour étayer ses dires, il s'appuyait sur l'étude
des chambres à gaz d'exécution qu'il avait réalisée aux États-[618] Unis. D'un côté,
selon les Mémoires du premier commandant du camp, Rudolf Höss, d'immenses
locaux où étaient asphyxiées trois mille personnes d'un coup - affirmation polonaise -
avec une technique primitive faisant fi de toute règle de sécurité, pourtant obligatoire
avec un toxique aussi puissant que l'acide cyanhydrique; d'un autre côté, des
installations sophistiquées avec un mode opératoire précis et complexe destinées à
exécuter un seul condamné. De plus, la superficie de la chambre à gaz actuelle du
crématoire 1 ne correspondait pas aux plans de la bâtisse conservés aux archives du
musée et tout gazage homicide dans cette pièce - visitée journellement par des milliers
de touristes - était impossible, puisqu'une de ses portes comportait une ouverture
vitrée à hauteur d'homme, vitre qui ne pouvait qu'être brisée par les victimes.
Il n'y avait pas une réelle concordance de vue entre nous. Faurisson avait étudié le
fonctionnement des chambres à gaz homicides d'Auschwitz et des absurdités qu'il y
avait découvertes il concluait que les SS n'avaient jamais pu y tuer les millions de
juifs comme l'affirmaient les survivants et les Polonais. Moi, j'étais troublé par
l'arrangement des bâtiments crématoires qu'Iwaszko m'avait présentés comme
criminels et qui ne l'étaient pas. Mais, chacun, avec ses propres critiques et réflexions,
apportait de l'eau au moulin de l'autre.
S'instaura ainsi une collaboration qui dura six mois. Faurisson me forma à la critique
historique - ce que certaines personnes me reprocheront toujours. L'établissement d'un
fait exige de solides preuves. Elles peuvent se trouver dans les écrits personnels ou
témoignages des participants (SS et détenus) à condition d'être indépendants les uns
des autres, être recherchées dans la correspondance et les écrits officiels des SS, sur
les photos existantes et dans les ruines ou bâtiments restants. Or, dans cette histoire et
depuis quarante ans, avaient été privilégiés exclusivement les dires des déportés,
considérés comme sacrés. Toute parole SS n'était que mensonge, sauf si elle chargeait
encore plus leur culpabilité. Tout écrit SS était code. On ignorait la clef du codage,
mais le décryptage était connu d'avance: des termes inoffensifs devenaient comme par
enchantement «fusillades», «gazages», «chambre à gaz», etc. Tout était tourné d'une
manière négative. Les crochets pour suspendre les ringards dans une salle de fours
d'incinération ne pouvaient servir qu'à pendre des détenus. Lorsque ces derniers
prenaient une douche, ce n'était pas une douche normale, mais une douche-torture (en
alternant les flux d'eau froide et d'eau chaude) ou une douche-gaz (diffusion d'acide
cyanhydrique gazeux par les pommeaux, ce qui est impossible en physique). Cette
crainte d'une douche-gaz, le réalisateur américain Steven Spielberg l'exploite à fond -
commercialement et au mépris de la vérité historique - dans son [619] film La liste de
Schindler en présentant une installation totalement inconnue dans les camps de
concentration, la chambre à gaz pouvant doucher. SPIELBERG semble croire au
fonctionnement mixte des chambres à gaz-douches dont les pommeaux diffusent soit
du gaz, soit de l'eau. Il recycle à son profit un bobard provenant de Dachau.
L'épouillage au Zyklon-B d'une baraque de logement des détenus mesure d'hygiène
prophylactique visant à tuer les poux transmetteurs du typhus - n'était qu'une méthode
différente de tuer, car les détenus devaient délaisser leur baraque pour 24 heures ce
qui était pour eux une vraie catastrophe parce que l'épisode se situait obligatoirement
en hiver et qu'ils restaient au dehors dans un froid glacial. Malheureusement, une
épidémie de typhus ne se déclenche qu'au printemps ou en été, donc par un temps
relativement ou carrément clément. Que ce soit une impression subjective ou une
réalité, en milieu concentrationnaire, tout paraît noir et négatif à la masse des détenus.
Ainsi après guerre, des chambres à gaz d'épouillage pour les vêtements, appelées
parfois dans les rapports allemands Entwesungskammer, littéralement des «chambres
d'enlèvement de la vie», furent considérées comme des chambres à gaz homicides,
parce qu'on y ôtait la vie. Ce n'étaient pas les hommes qu'on y tuait, mais les poux.
Progressivement durant mes séances de travail avec Faurisson, j'ai appris qu'il était
engagé dans plusieurs procès. L'un d'eux portait sur ses conclusions abruptes relatives
à la chambre à gaz du K. L. Natzweiler-Struthof, en se référant aux aveux d'un des
anciens commandants du camp, le capitaine SS Josef Kramer. Ce dernier avait déclaré
avoir gazé fin août 1943 environ quatre-vingts détenus sélectionnés venant
d'Auschwitz, lesquels devaient servir à un médecin SS, le Professeur HIRT de
Strasbourg, désirant constituer une collection de crânes. Pour cela, KRAMER avait
versé de l'eau sur des «sels» et obtenu un dégagement d'acide cyanhydrique gazeux.
En chimie, un acide plus une base donne un sel et de l'eau. Mais, la réaction n'est pas
réversible. Donc, impossibilité chimique. Pour Faurisson, le SS avait raconté
n'importe quoi et rien n'était vrai. Maintenant, on pense qu'il a employé les produits
suivants: un acide cristallisé mélangé avec un cyanure de sodium ou de potassium. En
milieu anhydre, le mélange à l'apparence d'un «sel» et est stable. Si on ajoute de l'eau,
il y a réaction et dégagement d'acide cyanhydrique. Ou bien, Kramer s'est servi d'un
produit bien connu dans la lutte contre les insectes, le «cyanogaz» ou cyanure de
calcium, dégageant en trois minutes du gaz cyanhydrique après hydratation. Mais à
l'époque, personne n'avait relevé et encore moins étudié cette incohérence apparente.
A cette occasion, les archives du procès militaire de Natzweiler furent consultables.
La justice militaire française avait réalisé un album photo[620]graphique intitulé
Camp de concentration du Struthof», comportant de nombreuses vues extérieures et
intérieures du crématoire, de la chambre à gaz et surtout les plans de ces installations.
Le plan du crématoire montre que la bâtisse se divisait en deux parties: l'une réservée
à l'incinération et l'autre permettant aux détenus de se laver en prenant une douche et
de faire épouiller leurs effets par la vapeur dans une petite cellule mitoyenne. L'eau
chaude des douches provient d'un serpentin placé au-dessus du four d'incinération ou,
quand celui-ci ne fonctionne pas, d'un chauffe-eau avec un foyer au charbon. Cette
malheureuse salle de douches a été présentée, je ne sais combien de fois, comme une
chambre à gaz homicide avec le toxique gazeux «tombant» des pommeaux et malgré
des fenêtres que les victimes auraient fait voler en éclats. Avoir retrouvé
l'aménagement du crématoire dressé par la justice en 1945 permit de découvrir un
montage beaucoup plus grave, élaboré peu avant que le camp soit ouvert au public. Le
dépôt d'urnes se situait à côte de la salle d'autopsie et la pièce où logeaient les détenus
s'occupant du four près de l'entrée. La pièce des détenus comporte un lavabo au
contraire du dépôt d'urnes, où personne ne vit. Les fonctions des pièces furent
délibérément inversées. Les urnes furent transférées dans la pièce des détenus, avec
un lavabo ne servant plus à rien. Dans le dépôt d'urnes ainsi libéré furent placés des
châlits et sa porte, de facture normale, fut équipée de gros verrous afin de faire croire
que c'était une prison d'où les médecins SS - naturellement fous - venaient chercher
des cobayes pour assouvir leur manie de vivisections. Ce montage apparaît, lorsqu'on
le sait, tellement grossier qu'on est stupéfait de la bêtise et de l'aveuglement humains.
Initialement, le révisionnisme voulait dénoncer de telles tromperies, présentées pour
avaliser les pires excès de la mémoire concentrationnaire. Une personne comme
Faurisson est née de ces outrances.
Les commentaires sur la chambre à gaz du Struthof sont pareillement absurdes ou
noircis, faute de connaissances -historiques. Souvent, le gazage homicide des 86 juifs
et juives était présenté comme ayant été effectué en versant des granules de Zyklon-B
dans l'entonnoir avec robinet pour les liquides. De nouveau, une impossibilité,
physique cette fois-ci. Après ces gazages criminels, des expériences de protection
contre un gaz toxique, le phosgène, par ingestion ou injection d'urotropine
(hexamethylènetétramine) furent pratiquées dans la chambre à gaz. Une première
série de onze expériences sur les détenus allemands volontaires, menées correctement
par un civil, le Professeur BICKENBACH, en décembre 1943, ne provoqua aucun
décès et montra que Furotropine apportait une protection relative contre les effets du
phosgène. Une expérience se déroulait comme suit: deux sujets, ayant absorbé per os
ou reçu en injection intraveineuse de Furotropine, pénétraient dans la chambre à [621]
gaz avec une ampoule contenant quelques grammes de phosgène. La porte fermée,
l'un d'eux jetait à terre l'ampoule qui se brisait, permettant au gaz de se dégager; au
bout de vingt minutes, Bickenbach estimait la concentration restante du phosgène
dans la pièce en aspirant du gaz qui passait dans un appareil mesurant la conductibilité
électrique du flux gazeux; l'appareil de mesure était relié par un tuyau souple à un
embout métallique traversant la porte de la chambre à gaz; puis, le ventilateur, mis en
route, chassait le gaz et les détenus sortaient enfin de la pièce. En mai 1944, une
seconde série fut pratiquée par HIRT qui estimait que les essais de Bickenbach
n'étaient pas assez proches des conditions du champ de bataille. Opérant lui-même et
ne tolérant la présence de Birckenbach que pour mesurer les taux résiduels de
phosgène, FIRT utilisa des détenus tsiganes condamnés à mort en quatre groupes de
quatre sujets (deux étant des témoins de contrôle ne recevant qu'une injection d'eau
salée et deux autres étant protégés avec de 1'urotropine, l'un per os et l'autre en
intraveineuse). L'augmentation des concentrations de phosgène aboutit à la mort de
quatre des seize sujets par oedème aigu du poumon. L'embout fixe à la porte de la
chambre à gaz est présenté comme un tube d'adduction des gaz, c'est à dire pour
amener du gaz dans la pièce. Sa fonction a été inversée, passant d'un rôle extracteur à
un rôle introducteur.
Toujours dans le bâtiment de la chambre à gaz, qui était avant la guerre un restaurant
servant aux skieurs des repas bon marché, se situent trois cuves carrelées ayant servi à
conserver de la choucroute ou des pommes de terre. Ces cuves furent dites «fosses à
formol servant à la conservation des corps des victimes de la chambre à gaz».
Explication doublement erronée, car les corps, conservés dans les cuves de l'Institut
d'anatomie de Strasbourg l'étaient non dans du formol - méthode empêchant toute
manipulation ultérieure par rigidité des tissus - mais dans de l'alcool synthétique à 55
degrés.
On est atterré par l'imbécillité des explications avancées dans cette affaire qui, même
spectaculaire, n'est que mineure dans l'histoire des camps. Et lorsqu'on étudie, camp
après camp, les gazages homicides qui y furent pratiqués, émerge une accumulation
de bêtises plus sottes et débiles les unes que les autres ce qui prouve le pitoyable
niveau de la science concentrationnaire, basée exclusivement jusqu'à nos jours sur les
«sacro-saints» témoignages.
D'après vos dires sur l'état des connaissances concentrationnaires, pourquoi n'êtes vous
pas resté révisionniste?
C'est justement lors d'une séance de travail avec Faurisson sur les dossiers de la
Justice militaire française concernant le Struthof qu'a retenti [622] à mes oreilles le
premier des signaux d'alarme qui m'ont conduit à quitter Faurisson au bout de six
mois de collaboration.
Il s'agit encore du gazage des 86 victimes juives du St Struthof. A leur arrivée au K. L.
Natzweiler, elles étaient en fait 87 et venaient d'Auschwitz où elles avaient été
sélectionnées pour leurs caractéristiques morphologiques. Tout mouvement de
détenus était inscrit sur les états SS hebdomadaires des effectifs du camp. Celui du 14
août 1943 indique la sortie pour cause de décès de trente juifs. Celui du 21 août, la
sortie de 57 juifs aussi par décès. Normalement, le motif de chaque décès, qui devait
être de plus déclaré à la Mairie de Natzweiler, était soigneusement noté, par exemple,
maladie, tentative d'évasion, pendaison, fusillade, etc. Même si la raison était
inexacte, elle devait administrativement figurer au verso du rapport d'effectif
hebdomadaire. Or, dans le cas de ces 30 et 57 (87 en tout) détenus juifs, aucune
explication n'est donnée sur la ou les raisons de ces morts soudaines et massives.
Faurisson, gêné par cette évidence, ayant remarqué que le rapport de début août
mentionnant l'entrée des 87 juifs était imprimé en caractères romains et que les deux
de sortie l'étaient en gothique, déclara froidement que les SS s'étaient trompés de ligne
et que les juifs avaient été libérés (ligne au-dessus), ce qui expliquait le défaut
d'annotation au verso... Certaines réflexions ont le pouvoir de dessiller radicalement
les yeux. Celle de Faurisson l'eut.
Le deuxième signal d'alarme vint du «rapport Fabre». Fabre était un professeur de
toxicologie de la Faculté de Pharmacie de Paris. A ce titre, il réalisa, à la demande de
la justice militaire, une recherche de cyanures sur les cadavres restants de l'Institut
d'anatomie de Strasbourg et dans la chambre à gaz du Struthof. Le résultat fut négatif
dans les deux cas. Faurisson comptait énormément sur ce rapport qui, en apparence,
abondait dans son sens. Pas de traces de cyanures, donc pas de gazages homicides.
Mais lorsqu'on reprend les données propres à ces gazages, on s'aperçoit que la
conclusion négative du rapport Fabre était hautement prévisible pour la chambre à
gaz. Sol: en béton, donc lavable. Revêtement des murs: carreaux blancs, lavables
pareillement. Nombre de gazages: probablement trois. Durée d'application de l'acide
cyanhydrique: 5 à 10 minutes. Évacuation du gaz: par un ventilateur en hauteur,
pendant environ un quart d'heure. Fabre dut racler le plafond pour prélever des
échantillons. Mais retrouver des cyanures avec une si faible utilisation et un temps de
contact aussi bref est illusoire. Malheureusement, le rapport ne figurait pas dans les
pièces du procès et reste toujours introuvable. Pour Faurisson, c'était une preuve
supplémentaire qu'on «lui dissimulait un fait capital». Pour moi, qui suis pharmacien
de métier, [623] ce fut la deuxième fois que j'en vins à douter de la validité des
arguments de Faurisson.
Avez-vous alors quitté Faurisson?
Non. Même si je commençais à comprendre que Faurisson avait, lui aussi, ses limites,
mes doutes concernant les crématoires n'avaient pas été éclaircis. Faurisson amplifiait
mes interrogations initiales, sans y apporter de réponses convaincantes. Si je voulais
voir clair dans cette affaire, il fallait que je m'y investisse personnellement et non
dépendre des dires d'un monsieur qui dérapait parfois. C'est la question d'argent qui
dicta les rôles. Contrairement aux déclarations hystériques du président de la LICRA,
Jean-Pierre BLOCH, affirmant que la Libye finançait les révisionnistes, ces derniers
n'avaient pas le sou. Or le dossier de Faurisson relatif au K. L. Auschwitz était assez
maigre et un complément de documentation lui était nécessaire. Ce qui signifiait de
nouvelles études au musée d'Oswiecim. Faurisson ne pouvait s'y rendre, craignant un
refus de consultation. De plus, ses seules ressources provenaient de son salaire versé
par l'Éducation nationale. N'étant pas «indésirable» à Oswiecim et étant le seul à
pouvoir payer mes déplacements, c'est moi qui repartis en Pologne en août 1980.
En arrivant aux archives du musée, je me trouvais dans une position délicate. J'étais
censé n'en savoir pas plus que lors de ma dernière visite et ce n'était plus vrai. J'avais
engrangé un acquis révisionniste important et ma vision des crématoires comme
parfaits instruments de mort s'était modifiée. J'ai voulu vérifier la thèse de Faurisson
et j'ai cru à sa validité deux jours. C'est-à-dire que, face aux ruines des crématoires de
Birkenau et aux archives SS du musée, la thèse de Faurisson sur l'impossibilité des
gazages homicides massifs n'a tenu que deux jours.
Connaissant parfaitement le plan du sous-sol du crématoire II, il me fut facile d'en
retrouver l'arrangement dans les ruines restantes. Je découvris au niveau de sa «cave à
cadavres-1», la dite chambre à gaz, des ouvertures ne figurant pas sur le plan. Je suis
descendu dans l'une d'elles et vis un conduit séparé avec clapet qui semblait
communiquer avec le trajet de reprise d'air de la pièce. Même constatation pour les
autres ouvertures. La chambre à gaz m'a paru alors plus trouée que du gruyère et
incapable, faute d'herméticité, d'assurer le moindre gazage homicide à l'acide
cyanhydrique. Là, j'ai cru que Faurisson avait vu juste.
Le lendemain matin, ayant soigneusement répertorié mes arguments dans la nuit, j'ai
attaqué Iwaszko sur le plan Bauleitung n' 932. Tout y est passé: la double porte inepte
avec un sens d'ouverture inverse de ce qu'il aurait dû être; une aération haute et une
désaération basse alors que, [624] pour une chambre à gaz, le contraire était impératif;
l'évacuation des eaux usées chargées de gaz prussique communiquant directement
avec les WC des médecins SS au rez-de-chaussée; le manque d'ouvertures pour le
versement du Zyklon-B; l'avancée de la glissière à cadavres gênant le passage des
victimes du vestiaire à la chambre à gaz; l'absence sur le plan de l'escalier d'accès au
vestiaire, pourtant visible dans les ruines et manifestement ajouté après; enfin, la
présence de trois ou quatre ouvertures autour de la chambre à gaz non mentionnées
sur le plan que j'avais découvertes. En conclusion, affirmer que la «cave à cadavres-
1» du crématoire Il était une chambre à gaz homicide ne tenait pas. Là, Iwaszko fut
grandiose. Il ne répondit pas, sortit de la salle de consultation des documents où nous
nous trouvions, me laissant savourer ma victoire, et revint avec UN plan SS, le n'
1300 du 18 juin 1942, intitulé "Krematorium-Entwässerung/Crématoire [II]-
Évacuation des eaux». De ma vie, je n'ai jamais reçu une telle gifle - au figuré bien
sûr.
Le «1300» répondait en tout à mes remarques concernant le drainage du crématoire-
II. L'évacuation des eaux usées avait été modifiée par les SS de la Bauleitung en juin
1942: le conduit menant dans une fosse de décantation reliée aux WC de la salle
d'autopsie avait été obturé. Les eaux usées de la «cave à cadavres-1» sortaient à part,
passant par le puisard dans lequel j'étais descendu et rattrapaient le conduit principal
venant du crématoire, qui se dirigeait vers un lointain fossé d'évacuation. Grâce à
cette nouvelle disposition évacuant séparément les eaux chargées de toxique, les SS
pouvaient gazer en toute sécurité. J'ai fait comprendre à Iwaszko que, si son plan
répondait parfaitement à mes critiques sur le drainage du crématoire, en levant des
impossibilités physiques de taille, il en restait d'autres inexpliquées. Nous avons passé
un accord. Pour lever mes doutes, il me fournirait à étudier tous les plans des
crématoires dessinés par la Bauleitung SS d'Auschwitz. Quand je serais convaincu, je
devrais le lui dire. Iwaszko m'a offert ces facilités parce que j'ai su dire que je m'étais
trompé sur le drainage et que je n'étais pas de mauvaise foi.
A ce moment-là, je pensais que la thèse de Faurisson était encore à moitié valable et
que l'étude intensive des plans SS me permettrait de conclure définitivement, dans un
sens ou dans l'autre. Je comptais «boucler» cette recherche rapidement, en un ou deux
voyages supplémentaires en Pologne. Je sous-estimais gravement des données et des
facteurs qui m'échappaient. D'abord la masse d'archives à étudier. J'ignorais qu'une
bonne dizaine d'entreprises civiles avaient participé à l'édification de ces bâtisses, que
deux d'entre d'elles, la Huta de Kattowitz et la Konrad Segnitz de Beuthen, avaient
dessiné leurs propres plans et qu'existaient [625] en sus des dossiers d'avancement des
chantiers rédigés par les contremaîtres de ces entreprises. J'ignorais le rôle essentiel de
la firme Topf et fils d'Erfurt, conceptrice des fours d'incinération et responsable de
leurs montages. Je pensais que les deux plans du crématoire-I publiés par Faurisson
étaient les seuls. C'était faux. Donc, si je voulais obtenir un résultat sûr et indiscutable,
je devais étudier tous les documents conservés au musée se rapportant aux
crématoires d'Auschwitz. Se posait aussi le problème de la duplication des documents.
Photocopier est simple comme bonjour à l'Ouest. Mais dans les républiques
populaires d'alors, les photocopieuses étaient rares, souvent en panne et pratiquement
inutilisables. Je dus passer par la photographie des pièces sélectionnées. Comme le
musée d'Oswiecim ne disposait que d'un laboratoire photo dans lequel travaillaient
trois employées dont deux étaient souvent absentes, se procurer des copies ne fut pas
une mince affaire et s'étala sur des mois.
Cette étude, beaucoup plus longue que prévue, a nécessité une vingtaine de
déplacements en Pologne et a duré de nombreuses années. J'ai suivi une sorte
d'enseignement universitaire libre, avec Iwaszko comme professeur au départ, puis
tout seul ensuite quand j'ai commencé à dégager des résultats qui étaient en
contradiction avec l'histoire communiste du camp. Peu à peu, ma ténacité dans cette
recherche a payé. Les portes se sont ouvertes progressivement. Iwaszko répondait à
toutes mes demandes de consultations - mêmes injustifiées - de documents. Si je
voulais visionner un film sur le sujet, une salle de projection était ouverte pour moi
seul. Iwaszko a eu beaucoup de mal à saisir que je vivais à un rythme occidental et
que lorsque je perdais du temps, je perdais aussi de l'argent, car ces voyages me
coûtaient cher. Puis les Polonais s'habituèrent à mes passages exigeants et bruyants.
Mes derniers séjours aux Archives créaient un tourbillon de demandes de dossiers, de
photocopies (enfin!) urgentes, de clichés de plans à réaliser immédiatement. J'étais
devenu - aux yeux des historiens du musée d'Oswiecim - le meilleur spécialiste de
cette question.
Quels ont été vos premiers résultats et êtes-vous arrivé à une conclusion?
Les premiers résultats obtenus furent de deux sortes. Concernant l'histoire du camp, la
démonstration que les crématoires avaient été projetés comme des installations
sanitaires normales, puis aménagés en centres de liquidation des «juifs inaptes au
travail», c'est-à-dire les femmes, les enfants et les vieillards. Cela peut paraître ne rien
changer au fait de la tuerie des juifs, mais la question cruciale était et est toujours:
quand l'ordre a-t-il été donné? Faute d'un document écrit, on s'en rapporte aux dires
des SS. Selon le commandant Höss, à l'été 1941. Or, la transformation criminelle
[626] des crématoires fut entreprise fin novembre 1942. Cet écart d'un an ne peut
s'expliquer que si Höss s'est trompé de date. Affirmer que Höss reçut l'ordre de
liquidation début juin 1942 implique que tous les livres écrits depuis cinquante ans sur
cette question et indiquant comme prise de décision du massacre l'été 1941 sont
inexacts et à revoir. Tel était le premier résultat d'une simple étude des dossiers de la
Bauleitung SS d'Auschwitz et qui aurait dû être effectuée depuis longtemps. Quant à
la thèse de Faurisson, ce fut une exécution. Lorsque j'ai commencé à consulter les
plans et les dossiers de construction des crématoires, de nombreuses difficultés
surgirent. L'écriture de quelques plans était en gothique manuscrit que je ne lisais pas.
Je dus décomposer les mots lettre par lettre. J'ai abordé les dossiers de construction
avec un allemand scolaire, sans plus. Je travaillais en recherchant des mots clés:
«Gas/gaz, Gaskammer/chambre à gaz, Gastür/porte à gaz, Gasdichte Tür/porte
étanche au gaz, Ofen/four, Einäscherungsofen/four d'incinération,
Verbrennungsofen/four de crémation, Einäscherungsanlage/installation d'incinération,
Krematorium/ crématoire». Dès que j'en trouvais un, je cherchais à saisir dans quel
contexte il était employé. Souvent, j'appelais Iwaszko pour m'aider à déchiffrer ou à
comprendre. Ces dossiers n'avaient pas été étudiés par les historiens polonais parce
que, étant manuscrits, ils étaient difficilement lisibles. C'est sous le crayon d'un
contremaître de l'entreprise civile Riedel et fils de Bielitz que j'ai trouvé les deux
premières «traces criminelles» concernant le crématoire IV. Ce que je désigne de
«traces criminelles» découle de l'aménagement d'un crématoire normal, destiné à
incinérer les morts et comprenant essentiellement une ou des morgues, une salle
d'autopsie légalement obligatoire, une salle du ou des fours et une cokerie, en un
crématoire anormal car comportant une chambre à gaz homicide. Cet aménagement
ou cette transformation nécessite des équipements particuliers dont on retrouve
mention dans la correspondance SS ou les journaux de chantier des entreprises civiles.
Une définition plus juste serait «traces d'aménagement criminelles». La recherche de
telles «traces» n'est pas envisageable si les crématoires sont considérés comme étant
criminels dès le début, ainsi que l'ont cru les historiens polonais pendant quarante ans.
Dans le dossier de construction du crématoire IV par la RIEDEL ET FILS, figuraient
sous la rubrique «Travaux à effectuer» les indications suivantes: le 28 février 1943,
«Poser fenêtres étanches au gaz» et le 2 mars, «... sol à bétonner dans chambre à gaz».
Plus tard, dans le dossier de la menuiserie du camp, j'ai découvert une commande de
«12 portes étanches au gaz d'environ 30/40 cm» - en fait des fenêtres vu les
dimensions - datée du 13 février et livrée le 26. Les dates concordaient
parfaite[627]ment. Enfin, dans une pièce du crématoire 1, se trouvent exposées trois
de ces fenêtres étanches au gaz, retrouvées dans les gravats du crématoire IV après
son dynamitage par les SS le 22 janvier 1945. C'était par ces fenêtres étanches,
réparties à raison de 6 par crématoire, que les SS versaient le Zyklon-B dans les
chambres à gaz des crématoires IV et V.
Avez-vous informé Faurisson de vos découvertes?
Rentré en France en septembre, je n'avais rien de concret à montrer à Faurisson, sauf
lui faire part qu'existaient des pièces qui contredisaient ses dires, pièces que les parties
adverses étaient en train de lui communiquer, malheureusement noyées dans un fatras
de témoignages inexploitables parce que sans critique historique. Je suis retourné
deux fois assez longuement au musée d'Oswiecim où j'ai commencé à étudier
sérieusement les dossiers. Durant ces séjours, des discussions historiques tendues
m'opposèrent à Iwaszko, parce que mes doutes persistaient. Et puis, je suis tombé sur
les premières «traces d'aménagement criminelles» du crématoire IV, que personne
n'avait vues depuis 1945. De retour, j'ai averti Faurisson de mes trouvailles. Comme
tous les autres auparavant, cet entretien crucial se déroula le 27 novembre au domicile
parisien de Pierre Guillaume, l'éditeur de Faurisson, où logeait ce dernier lors de ses
déplacements à Paris. Ne possédant pas de photos de ces pièces, je leur ai demandé de
me croire sur parole et leur ai dit qu'il traînait beaucoup trop de traces et d'anomalies
«gazeuses» dans les dossiers du musée d'Oswiecim pour continuer à prétendre que les
chambres à gaz homicides d'Auschwitz-Birkenau n'en étaient pas.
Quelles ont été leurs réactions?
Faurisson déclara qu'il ne pourrait se prononcer que lorsqu'il verrait les documents en
question, ce qui était normal. Même attitude pour Guillaume qui suivait aveuglément
Faurisson.
Ont-ils pris en compte ce que vous rapportiez du musée d'Auschwitz?
Non, ils ne pouvaient plus. J'ai compris que, quel que soit le résultat de mes
recherches, Faurisson et Guillaume, étaient trop engagés dans les divers procès en
cours pour faire machine arrière. A partir de ce moment-là, je devins gênant.
Poursuivre l'étude des crématoires signifiait travailler contre eux. Faurisson biaisa. Il
orienta mes investigations, avec mon accord et afin de ne lui pas faire de tort, vers les
installations d'épouillage des effets des détenus au camp d'Auschwitz afin de
démontrer que, si l'acide cyanhydrique avait été utilisé dans certaines pièces des
crématoires, c'était afin de tuer les poux des vêtements et non les hommes. [628]
L'idée était astucieuse, mais impuissante contre la réalité historique. Pourtant, ce
travail était nécessaire, voire obligatoire, et Faurisson aurait dû le mener lui-même,
avant de conclure. Il se serait aperçu qu'on pouvait employer le gaz cyanhydrique sans
difficulté dans des installations très sommaires, à condition qu'elles soient équipées de
ventilateurs pour expulser le toxique.
Furent ainsi répertoriées toutes les «Entlausungsanlagen/installations d'épouillage» du
camp. Au camp central d'Auschwitz, existèrent trois chambres à gaz d'épouillage au
Zyklon-B: une au rez-de-chaussée du Block 1 et deux au premier étage du Block 3. Y
fut aussi projetée à proximité du bâtiment de réception des détenus l'installation d'une
batterie de 19 cellules d'épouillage au Zyklon-B de type «DEGESCH», la firme
diffusant ce produit. Au «Canada I», l'entrepôt de stockage des effets récupérés sur les
juifs, une autre. A Birkenau, encore deux dans les bâtiments BW 5a et 5b. Bien plus
tard, dans les pièces de la Bauleitung SS conservées aux Archives du KGB à Moscou,
j'en découvrirai de nouvelles, destinées à l'épouillage des vêtements des ouvriers
civils du complexe concentrationnaire. Sans compter les
«Entwesungsanlagen/installations de destruction des parasites» fonctionnant à l'air
chaud, au Zentral Sauna, au camp des Tsiganes et dans le secteur dit «Mexico», les
trois situées à Birkenau. Sans oublier les autoclaves marchant à la vapeur: un dans le
Block 26 du camp central et cinq à Birkenau. Faurisson utilisa ultérieurement cette
étude pour susciter le «Rapport Leuchter». De mon côté, elle me servit d'abord à
établir que 95 % du Zyklon-B livré à Auschwitz était employé à l'épouillage et que
seuls 5 % maximum servait à asphyxier les juifs, au contraire des dires de Raul
HILBERG, et ensuite à prouver qu'a Maïdanek, des pièces présentées par les Polonais
comme des chambres à gaz homicides n'étaient que des chambres d'épouillage. Le
comique grinçant de cette affaire est que l'idée de Faurisson se vérifia à Maïdanek,
mais non à Auschwitz.
Une notion essentielle se dégagea de ce travail: l'aménagement constant des
installations ou leur transformation en fonction des besoins ou des ordres supérieurs.
Ainsi, l'épouillage au gaz cyanhydrique fut interdit par Berlin dès 1940 et devait être
remplacé par l'air chaud. Seulement, le Zyklon-B était rapide et efficace, utilisable
dans n'importe quelle pièce qu'on étanchéifiait et équipait d'un ou des ventilateurs. Les
pièces à air chaud nécessitaient un matériel plus complexe et plus coûteux. Les SS
préférèrent s'en tenir à une méthode sûre, donc à l'acide cyanhydrique. Par exemple à
Birkenau, la chambre à gaz d'épouillage du bâtiment BW 5a, après avoir fonctionné
au Zyklon-B, fut aménagée pour l'emploi de l'air chaud, au contraire de celle du BW
5b qui resta dans son état pre[629]mier. A Auschwitz, les 19 cellules DEGESCH du
bâtiment de réception ne reçurent jamais leur équipement de diffusion du Zyklon-B.
On pensa y utiliser un autre gaz, l'areginal (du formiate de méthyle), fourni par l'I.G.-
Farben, mais ce projet fut aussi abandonné, toujours faute de matériel adéquat. En
dernier lieu, une partie de l'installation, construite mais inutilisée, servit de station
d'épouillage expérimentale avec deux postes où était appliqué un champ d'ondes
ultracourtes, mis au point par la firme Siemens de Berlin. A Maïdanek, le bloc
d'épouillage subit trois modifications successives: d'abord, il fonctionna à l'air chaud,
puis au gaz cyanhydrique et enfin, il fut aménagé pour tuer des inaptes au travail avec
de l'oxyde de carbone. Rien n'était fixe et chaque bâtiment évoluait en fonction du
rôle souhaité selon les circonstances. Cette évolution structurelle, que j'avais déjà
rencontrée au niveau des crématoires, se vérifiait pour d'autres ensembles et devint le
pivot principal de mes conclusions ultérieures,
Quand avez-vous quitté Faurisson?
Tout en menant cette étude «dérivatrice», je continuais simultanément le travail sur
les plans et les dossiers des crématoires d'Auschwitz-Birkenau. Je relevais de plus en
plus de «traces d'aménagement criminelles» et le comble est qu'elles étaient nouvelles
et inconnues de tous, aussi bien des associations d'anciens déportés qui attaquaient
Faurisson que de ce dernier. Ces «bavures criminelles» des SS et des civils
commençaient à peser fortement sur mes relations avec le dit Professeur, lesquelles
s'étaient distendues à partir de décembre 1980. Un jour d'avril 1981, une crise se
produisit entre lui et moi parce que nos divergences d'interprétation étaient devenues
abyssales et inconciliables. Faurisson prétend qu'il m'a mis dehors, manu militari. Il y
eut séparation, point final. Je lui laissais d'ailleurs gracieusement dix-sept plans
explicatifs des crématoires que j'avais dessinés pour l'aider à comprendre les
problèmes techniques et qu'il considérait comme «magistraux». Il les utilisa après
dans plusieurs conférences. Que cette rupture lui ait été catastrophique et qu'il en ait
été furieux, je le conçois, mais pour moi, sa thèse ne tenant plus, je ne pouvais plus
continuer à travailler pour lui.
Durant votre passage chez les révisionnistes, lesquels avez-vous connus?
J'ai connu assez peu de révisionnistes, trois exactement en dehors de Faurisson. Éric
Delcroix, l'avocat de Faurisson, politiquement de droite, qui soutient et défend encore
fanatiquement les délires d'inexistence de son client. Serge Thion que j'ai dû
rencontrer une ou deux fois en comprenant immédiatement rien qu'à le voir, qu'il
n'était pas de mon [630] bord - politique - et que nous n'avions rien à nous dire, ce qui
n'a pas empêché, à la suite de la publication de mon livre «Les crématoires
d'Auschwitz» aux CNRS-Éditions, de nous parler au téléphone, mais toujours pour ne
rien dire. Et enfin Pierre Guillaume, connaissance incontournable puisque toutes les
réunions de ce petit monde se tenaient chez lui. Guillaume est un ancien «Brution»,
appellation de ceux qui sont passés au Prytanée Militaire de la Flèche dont je suis.
Étant d'extrême-gauche, c'est au nom de fumeuses théories marxistes qu'il a
découvert, aidé et publié Faurisson. Guillaume n'a jamais vérifié le travail du
«Professeur», ce qui le plaçait dans une situation de sujétion intolérable. Ayant gardé
un contact épisodique avec lui après ma rupture avec Faurisson, jamais, au cours de
nos entretiens, il ne put contrer mes affirmations en face. Puis, par derrière, dans des
écrits méprisants, il se gaussait de mes travaux, sans avancer la moindre preuve à
l'appui de ses railleries.
Qu'avez-vous fait après cette rupture avec Faurisson?
A l'époque, je perdais beaucoup. En particulier, toute sa documentation, du moins le
pensai-je. Quand je parle de la documentation de Faurisson, je devrai dire plus
exactement celle du musée d'Oswiecim. Les quatre plans Bauleitung des crématoires
(deux du 1, un du Il et un du IV) qu'il possédait venaient de là. Les photos, aussi. La
correspondance des SS avait été fournie par les parties adverses et généreusement
traduite entièrement en français. Ses armes, il les prenait chez l'adversaire. Faurisson
vivait sur les autres et attendait d'eux qu'ils prouvassent l'infaillibilité de son
hypothèse. Payé par l'Éducation nationale à ne rien faire, adulé mondialement comme
«pape» du révisionnisme, il avait déclaré à la défunte revue «Zéro» que les chambres
à gaz étaient «magiques» et permettaient de vivre confortablement. Depuis 1980, il
exploite de naïfs idéalistes, tels Pierre Guillaume, Carlo Mattogno, Henri Roques,
Ernst Zündel, Fred Leuchter, John C. Ball, David Irving, moi-même, etc., dont il a
parfois brisé la carrière en les entraînant dans «la plus grande aventure intellectuelle
de cette fin de siècle».
Pour reconstituer le fonds de documents sur lesquels j'avais travaillé, je retournai au
musée d'Oswiecim, exposai la situation à Iwaszko, le prévins que je n'étais toujours
pas convaincu et lui demandai son aide. En peu de temps, j'ai dépassé le niveau
documentaire faurissonien. Afin que mes résultats soient incontestables, j'ai dû
effectuer une vingtaine de séjours en Pologne. Au début, Iwaszko ne comprenait pas
mon obstination à rassembler toutes les pièces concernant les crématoires et les [631]
installations de gazage, d'épouillage et homicides. Les employés du musée
travaillaient alors sur les historiques des multiples camps annexes du complexe
concentrationnaire et cette question centrale, mais ancienne pour eux, ne les
concernait plus. Elle avait été menée à la fin de la guerre par le juge polonais Jan
Sehn, qui fut chargé d'instruire le dossier d'accusation de l'ex-commandant du camp,
Rudolf Höss. Mort dans les années soixante-dix, il ne l'avait pas exploité à fond
comme je m'en rendis compte, vu que je suivais ses traces. J'ai simplement continué le
travail de cet homme dont je respecte la mémoire. Cette recherche me fut
extraordinairement intéressante, bonifiante et m'a probablement transformé. Un
camarade l'a comparé à une initiation maçonnique. J'ai eu à escalader un pic
montagneux. A mesure que l'ascension progresse, la vue s'améliore. Ainsi, j'ai pu
juger le combat entre Faurisson et Georges Wellers, directeur du CDJC (Centre de
Documentation juive Contemporaine) de Paris. Wellers se parait d'un titre honoraire
de la Faculté de médecine de Paris et se drapait dans sa dignité d'ancien déporté racial.
Faurisson se targuait de sa suffisance infaillible de professeur et de l'auréole du martyr
de la Vérité. Leur niveau de connaissances étant égal, ils se battaient à coup d'articles
autoritaires et cinglants, sans que l'un puisse l'emporter sur l'autre, parce que leurs
arguments étaient pitoyables, faute d'avoir acquis l'ensemble des données pour
trancher. A une certaine hauteur, on rencontre de moins en moins de monde et,
soudain, c'est la solitude complète. J'avoue que ce fut très dur. Je fus bientôt obligé
pour parler, banalement parler, de mes problèmes de me rendre au musée d'Oswiecim
pour rencontrer Iwaszko. Et même cela devint difficile, car le domaine que j'explorais
n'était pas la spécialité d'Iwasko qui portait sur les conditions de vie des détenus dans
l'ancien camp.
Les évidentes modifications successives des bâtiments crématoires, en fonction des
besoins des SS, expliquaient mes interrogations et levaient mes doutes initiaux. Bien
sûr, ce ne fut pas soudain, comme une révélation céleste, mais progressif, au fur et à
mesure que je m'enfonçais dans la lecture de tous les écrits et plans de la Bauleitung
SS et des entreprises civiles allemandes, ce que personne n'avait réalisée. De plus,
qu'une étude technique des crématoires puisse révéler de sérieuses erreurs dans
l'histoire officielle d'Auschwitz, établie et diffusée depuis quarante ans par des
historiens renommés, ne me serait jamais venu à l'esprit. Voici une retombée
immédiate, mais mineure, de l'étude des crématoires relative au livre du Dr Miklos
Nyiszli, Médecin à Auschwitz. Il raconte que, dans le crématoire Il ou il vécut sept
mois, quatre ascenseurs montaient les corps des gazés de la chambre à gaz souterraine
à la salle des fours au rez-de-chaussée. Huit plans de la Bauleitung, ainsi que les
ruines, [632] n'en montrent qu'un. Médecin légiste, donc précis et rigoureux, il ajoute
qu'on entassait 3.000 personnes dans 210 m2, disposition irréaliste. Nyiszli est mort
dans les années cinquante et son manuscrit en hongrois n'a pas été retrouvé. Par
contre, existent de multiples traductions de son récit, propagé dans le monde entier.
Les documents allemands sur le massacre des juifs sont rares. Berlin ayant été
bombardé, les offices centraux SS y siégeant ont vu leurs papiers flamber. La masse
des documents décisifs, dits «centraux», portant les ordres, a été anéantie. Au
contraire des documents de certains camps de concentration, qui furent saisis à la
libération, et dits «périphériques». On cherche donc à reconstituer les ordres
«centraux» à partir des pièces «périphériques», quelles qu'elles soient. D'où
l'importance d'établir une chronologie de la construction et de la transformation
criminelle des crématoires de Birkenau, permettant de compenser le manque de
documents «centraux». Je n'ai pu vraiment ébranler la chronologie du massacre des
juifs à Auschwitz qu'après avoir consulté la totalité des documents de la Bauleitung
SS d'Auschwitz, c'est à dire après avoir réuni au fonds des archives d'Oswiecim celui
des archives du KGB moscovites.
Comment avez-vous été accepté ensuite comme historien?
Jusqu'à la publication de mon premier ouvrage important, Auschwitz: Technique et
fonctionnement des chambres à gaz, je fus appuyé par trois personnes. Iwaszko
m'ayant prié de porter un livre à un ancien détenu français de Monowitz (ou
Auschwitz III), Jacques Zybermine, celui-ci me mit en contact avec Georges Wellers.
Ce dernier me demanda un échantillon de mon savoir. Les documents portant sur les
crématoires IV et V de Birkenau étant relativement peu nombreux, je rédigeai sur ces
bâtiments un texte d'une vingtaine de pages et le lui donnai. Puis, j'attendis sa
réaction. Il n'en eut pas. Grâce à de nouveaux documents provenant de mes voyages
répétés à Oswiecim, j'étoffai mon écrit initial qui fut porté à quarante pages, que je
communiquai à Wellers. Toujours pas de réaction. Wellers bloquait mon travail, parce
que les pièces allemandes que j'utilisais lui étaient totalement inconnues et que ces
données originales dérangeaient son ordonnance personnelle de cette histoire. Le peu
que j'ai fourni sur les crématoires IV et V, par rapport à ce que j'avais accumulé sur
les II et III, était déjà beaucoup trop révolutionnaire pour lui. Lors d'un entretien en
tête à tête, nous avons discuté violemment sur une photo SS de mai-juin 1944
montrant le crématoire IV. Visible de tous alors, il n'était pas «camouflé» comme
WELLERS le pensait et comme le montrait une photo aérienne ultérieure, entouré
d'une haie. Il refusait de se rendre à l'évi[633]dence et n'acceptait pas le fait. Un
aveuglement aussi délibéré, aussi stupide, me stupéfia. Je découvris que, comme
Faurisson, Wellers avait pareillement des limites bornées et infranchissables. Mes
travaux l'intéressaient tant qu'ils confortaient ses idées, mais il était hors de question
de publier ce qui le contrariait.
Je fus très dérouté par l'attitude irrationnelle de Wellers et ne savais que faire. Ayant
été impressionné par Un Eichmann de papier, article paru dans la revue Esprit et
dénonçant Faurisson, je téléphonai à l'auteur, Pierre Vidal-Naquet et lui déclarai que
s'il désirait un second mémoire d'Auschwitz, j'étais en train de le constituer. Je lui
remis un livret d'environ 80 pages, toujours sur les crématoires IV et V. Vidal-Naquet
estima valable ma démonstration sur l'évolution des bâtiments, déplora avec justesse
que mon écrit fût mal organisé et donc impubliable, mais conclut que les documents
produits étaient trop importants pour rester ignorés. Il trouva une solution en me
«propulsant» comme intervenant au colloque L'Allemagne nazie et l'extermination des
juifs qui se tint à la Sorbonne du 29 juin au 2 juillet 1982. Dans l'après-midi du 30
juin, j'y parlai exactement 18 minutes en projetant 36 diapositives de documents
inconnus de cette docte assemblée. Vidal-Naquet me félicita - et pour cause, étant le
seul à avoir produit du matériel historique neuf - quoiqu'il ait pensé qu'il existait une
chance sur mille pour que je tourne casaque au dernier moment et défende les thèses
révisionnistes. Voyant l'effet obtenu par mon intervention, Wellers qui participait au
colloque, assis juste à côté de moi, m'annonça que, désormais, l'impression de mes
résultats était urgentissime. En septembre, Le Monde juif, la revue du CDJC, publiait
un article sur les crématoires IV et V de Birkenau. Dans l'introduction, Wellers, forcé
de présenter l'article et de reconnaître l'originalité de mon travail, y condamnait ma
théorie sur l'évolution de l'arrangement intérieur. En vain d'ailleurs, puisque les
documents la confirmaient. Et j'ai poursuivi, seul, mes recherches.
C'est au musée d'Oswiecim que me fut présenté tout à fait par hasard L'album
d'Auschwitz diffusé par Serge Klarsfeld dont j'avais entendu parler en tant que
«chasseur de nazis». Je n'accepte pas la démarche qui consiste à traîner devant les
tribunaux des vieillards gâteux parce qu'ils ont participé ou furent les auteurs de
«crimes contre l'humanité», définition hautement aléatoire de certaines actions
générées par la guerre. Je ne crois pas à la valeur éducative des procès, surtout que les
témoignages, les débats et parfois des pièces produites ne sont ensuite plus
consultables pendant cinquante ou cent ans. L'histoire se construit sans haine, avec
lucidité, à partir des documents restants, permettant de [634] contrôler les dires des
participants. Ayant appris par le musée d'Oswiecim que Klarsfeld vivait à Paris et
malgré mes réserves sur son activité qui devinrent de plus en plus fortes au fil des ans,
je lui téléphonai pour me procurer L'album d'Auschwitz. Je croyais être un parfait
inconnu pour lui. J'avais oublié ma publication dans Le Monde juif. Il me remit un
exemplaire de L'album que j'ai commencé immédiatement à étudier. C'était une
reproduction d'un album photographique réalisé par un SS lors du transfert des juifs
de Hongrie à Auschwitz en mai et juin 1944. Une partie, sélectionnée pour travailler
dans les usines d'armement, fut envoyée un peu partout en Allemagne et le reste,
liquidé. Ce fut l'ultime fois où les crématoires II, III et V, ainsi que l'installation dite
Bunker 2, fonctionnèrent simultanément. Le dernier grand massacre d'Auschwitz. Le
ou les photographes SS avaient enregistré l'arrivée de ces gens, leur descente des
wagons, leur séparation en deux colonnes - hommes d'un côté et femmes et enfants de
l'autre, leur sélection par les médecins SS pour le travail ou la mort, le départ des
inaptes vers les crématoires - les II et V à cette époque, et leur entrée sur le terrain de
ces bâtisses. Trois photos étaient importantes car elles montraient en arrière plan des
victimes les crématoires III et IV. Mais le «reportage» SS s'arrêtait devant les
crématoires et l'ultime étape des femmes, enfants et vieillards condamnés ne fut pas
photographiée. Elle fut dessinée après la guerre par un membre du Sonderkommando
du crématoire III, David OLERE.
L'album que diffusait Klarsfeld était un document brut, sans légendes. J'ai recherché
les séquences prises par les SS et ai reclassé l'ensemble en les situant à Birkenau. Ce
travail fut publié par Le Seuil en 1983. En 1985, Klarsfeld me fit réaliser une courte
étude sur les gazages homicides du camp de Natzweiler-Struthof, que sa fondation
publia. En octobre 1989, la somme de mes recherches sur Auschwitz-Birkenau fut
publiée en anglais, toujours par la fondation Klarsfeld, sous le titre Auschwitz:
Technique and Operation of the Gas Chambers. Ce «pavé» ne fut tiré qu'à mille
exemplaires, mais suffit pour asseoir ma réputation parmi les historiens spécialistes du
sujet. Ensuite, j'ai rédigé une réfutation du fameux rapport Leuchter, toujours publiée
en anglais. L'ouverture des archives du KGB à Moscou et la redécouverte des archives
de la Bauleitung SS d'Auschwitz, saisies par les Soviétiques en 1945, me permirent
d'effectuer une synthèse complète de cette histoire que publièrent fin 1993 les
Éditions du CNRS sous le titre Les crématoires d'Auschwitz.
Pensez-vous que l'on puisse attribuer une connotation politique au révisionnisme?
[635] Pour de nombreuses personnes, le révisionnisme est l'apanage de l'extrêmedroite.
De nos jours. Lorsque j'ai rencontré Faurisson en 1980, l'extrême-gauche
contestait la présentation officielle de l'univers concentrationnaire et la réalité des
chambres à gaz homicides, acceptées alors bon gré mal gré par l'extrême-droite. Puis
devant le succès certain de ces «mises en doute», cette dernière a récupéré à son
compte ce cadeau inespéré qui l'exemptait d'une tare majeure.
En fait, tout dépend du champ d'application du mot «révisionnisme». Le premier
révisionnisme contemporain portait sur la responsabilité du déclenchement de la
première guerre mondiale. Les Alliés accusaient les Centraux d'avoir déstabilisé le
mécanisme des alliances européennes, devenu incontrôlable après la mobilisation
austro-hongroise. En 1919 à Versailles, les Allemands furent voués à la vindicte
universelle et chargés de toutes les turpitudes imaginables, inventées par la
propagande de guerre alliée. Le véritable responsable de cette inutile boucherie était
la Russie, appuyée et financée par la France, et qui, en mobilisant son armée la
première, provoqua par là en quatre ans la mort de huit millions d'hommes. Bien que
le fait soit patent et ait été connu dans les années trente, comment le faire accepter aux
«poilus» sacrifiés en vain et pour qui le «boche» demeurait l'ennemi héréditaire?
Après la seconde guerre mondial

larguet 28/01/2009 13:50

je souhaite une bonne année à vous et à tous les français qui commencent à se réveiller. A voir ce qui se passe réellement autour d'eux. amicalement.

Pf 13/01/2009 15:20

"Je n'affirme jamais rien sans preuves."(((Envoie!)))Tiens, c'est tout ce que j'ai : preuve

Furax 13/01/2009 15:13

est-il a nouveau utile de préciser que le post 180 n'est pas moi???? Je commence a en avoir ras le bol!je ne vois qu'une solution disons, finale.Appliquez cette solution M.Konk ou bien je me verrais dans l'obligation de porter ces agissements devant les tribunaux competents et vous repondrez de votre laxisme!

Furax 13/01/2009 15:06

(((((.........Les preuves sont innombrables, celles de vos mensonges sont inexistantes ..........))))))mais si elles sont innombrables, tu ne dois avoir aucune peine à en sortir une, une seule pour qu'on en discute....tu sais aussi bien que moi que la preuve de l'inexistence d'une chose est impossible... allez prouve moi que le père Noël n'existe pas .....